vendredi 4 février 2011

Egypte: la stratégie du chaos


Invitée de Matin Première, Sophie Pommier, chargée de cours à Sciences Po (Paris) et auteur de "L'Egypte : l'envers du décor" explique la "stratégie du chaos" appliquée en Egype pour résorber le mouvement de contestation. 

Le but est bien de séparer les leaders de l'opposition et monsieur tout le monde : les images de désordre vues à la télévision sont censées faire rentrer les gens chez eux.

Cette désolidarisation risque de coûter cher aux jeunes leaders du mouvement, note la chercheuse.

En fait, c'est "une répression maquillée en guerre civile", dit-elle, il s'agit d'un procédé habituel : celui du coup de main commis par des voyous payés par le parti au pouvoir, de policiers en civils (mais qui ont gardé leurs chaussures de police...) ou encore par le "petit peuple"... brandissant les mêmes pancartes vues aux élections.

Une autre stratégie employée en Egypte explique Sophie Pommier, c'est de dissocier l'image de l'armée  de celle du régime. Faire en sorte que l'armée apparaissent comme le "good cop", alors que le président serait le "bad cop". Mais la réalité est autre : fondamentalement, l'armée est le régime depuis 1956. L'état d'urgence dure depuis 1981, avec des procès d'opposants menés devant des tribunaux militaires. C'est donc de la "posture" que de voir l'armée aux mains propres.

Ce scénario à l'étude depuis plusieurs mois, explique-t-elle, car l'armée ne veut pas de Gamal Moubarak comme successeur de son père Hosni Moubarak. "L'armée est un état dans l'état", politiquement mais aussi économiquement : elle reçoit la part du lion de l'aide américaine, du budget de l'Etat, elle est à la tête d'un patrimoine foncier important, d'usines de production par exemple d'eau minérale, et d'un réseau de magasins subsidiés. Avec le dauphin présumé, Gamal Moubarak, ces affaires pourraient lui échapper, il y aurait eu des réformes libérales. Ces réformateurs entourant le fils du raïs se seraient attaqués aux intérêts économiques de l'armée.



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