vendredi 3 décembre 2010

Révoltes contre un capitalisme en plein délire…

Il fut un temps où existait la prison pour dette : à sa sortie de geôle, le débiteur était encore plus insolvable. C’est à cette histoire que nous font penser les plans de rigueur de style grec ou irlandais, qui vont enfoncer ces pays dans la récession et la déflation, tandis que « les marchés » les saignent avec des taux usuraires.

Ne lisez pas : « L’Europe vient en aide à l’Irlande », elle vient en aide aux banques irlandaises, parce que Paris et Berlin redoutent avant tout l’exposition de « nos » banques à cette montagne croissante de créances obligataires. Ainsi les États payent deux fois : d’abord en aidant les banques menacées de faillite, ensuite en assumant des charges publiques d’intérêt de plus en plus lourdes. Et les « plans de rigueur » sont à sens unique, pratiquement indolores pour la classe possédante. Quant aux banquiers, merci, ils veillent d’abord sur les bonus et les dividendes…  
 
Mais les masses ne sont pas assez chloroformées par le libéralisme pour tout supporter. La révolte sociale gronde partout. Pas seulement en France, où la bataille contre la réforme des retraites a jeté des millions de gens dans la rue, malgré les faiblesses du monde syndical. Les médias ont focalisé sur le chiffre de 60 ans, sans insister sur l’allongement de durée des cotisations. La nouvelle loi française fait passer (par paliers) l’ouverture des droits de 60 à 62 ans, la pension à taux plein de 65 à 67… Principales victimes : les femmes et les salariés à carrières morcelées. En fait, la question de la viabilité du régime public des retraites est inséparable de celle, fondamentale, du chômage : on ne résoudra rien en ajoutant des vieux chômeurs aux jeunes chômeurs…
 
Tandis que les manifestations se poursuivaient encore, même la loi votée, toute une presse inventait une « exception française » dans la protestation. Trouvaille aussitôt démentie par les étudiants anglais mettant à sac le siège du parti Conservateur, riposte à un plan déflationniste sans précédent ; et par les rassemblements citoyens (même pour d’autres raisons) en Allemagne, à Stuttgart, et sur la route du train des déchets radioactifs. Le front social espagnol est tout sauf tranquille. Quant à la Grèce, elle est presque devenue un Etat policier pour empêcher le couvercle de sauter. Amère « victoire » du Pasok aux élections locales, avec plus de 50 pour cent d’abstentions !
 
La machine à fabriquer des pauvres fonctionne à plein régime. Mais alors, que faire avec les finances publiques ? Au lieu de brandir l’épouvantail de la faillite d’un État (épisode au reste banal dans l’Histoire !), il faut avancer les formules de restructuration et de consolidation des dettes publiques. En termes emberlificotés, Paris et Berlin ont commencé à suggérer que le fonds de garantie européen, les 750 milliards dégagés en mai pour « sauver l’euro », n’a pas vocation de durer, qu’après 2013 il faudra que le secteur privé participe… Cela fait frémir les marchés, mais on est au cœur du sujet : entre la menace d’un krach généralisé et un sacrifice partiel, les gros détenteurs d’obligations d’Etat n’hésiteraient pas longtemps…
 
Le rapport Stiglitz, qui porte l’estampille ONU, établit  - avec d’autres  - que le creusement des inégalités sociales a été un des générateurs de la « crise ». Entre les peuples et les marchés, les gouvernements doivent choisir… Et ceux qui font le mauvais choix vont seulement commencer d’en payer les conséquences… 


Robert FALONY

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