samedi 7 mai 2011

L'incroyable histoire du terroriste de Marrakech

Le café-restaurant Argana de la place Djema'a el-Fna, à Marrakech, détruit le 28 avril dernier par un attentat.

Les autorités marocaines ont appréhendé le responsable de l'attentat de Marrakech du 28 avril (17 morts, dont 8 Français). L'auteur de la tuerie du café Argana de la place Djema'a el-Fna serait issu de la mouvance salafiste marocaine. Interrogé par les enquêteurs, il a, selon le ministre de l'Intérieur, Taieb Cherkaoui, exprimé ouvertement son allégeance à al-Qaida. «Il est fortement imprégné de l'idéologie djiha­diste», a affirmé le ministre. 

Domicilié à Safi, une cité côtière distante d'environ 150 kilomètres de Marrakech, Adil el-Atmani a d'abord choisi une autre cible lors d'un repérage effectué une semaine avant l'attentat sur la célèbre place. Il voulait frapper le Café de France, un établissement où se pressent Marocains et touristes. Il s'est ravisé et a finalement jeté son dévolu sur l'Argana après avoir constaté que ce café était essentiellement fréquenté par des «chrétiens».

 

L'auteur de la tuerie, Adil el-Atmani

 

Déguisé en néo-hippie 


Depuis six mois, il se procurait des produits explosifs pour confectionner la bombe qu'il dissimulait chez ses parents . Adil el-Atmani aurait trouvé sur Internet la formule de fabrication de son colis piégé, qui mêlait substances explosives, morceaux de métal et clous. Il voulait, a-t-il indiqué aux policiers, reproduire les attentats de Londres et de Madrid, «réussir un 11 Septembre». Le terroriste bricoleur a placé les engins dans deux Cocotte-Minute pour décupler le souffle de la déflagration.

Le mercredi, il se lève dans la nuit, monte dans le train Safi-Marrakech de 5 h 50. Le voilà sur la place Djema'a el-Fna. L'homme, dont le niveau intellectuel est qualifié de «faible» par les enquêteurs, s'attable à la terrasse de l'Argana où il est vu par deux touristes néerlandais. L'un d'eux, John Van Leuwen, décrit un Arabe jeune, bien rasé et portant des cheveux longs. C'est bien lui. Adil el-Atmani s'est juste déguisé en néo-hippie pour passer inaperçu. Il porte une per­ruque, un pantalon bouffant et une guitare en bandoulière. Il commande un jus d'orange et un café au lait et s'attarde durant près d'une heure sur la terrasse, qui offre une vue panoramique sur le folklore local. Puis il s'éclipse, laissant derrière lui un gros sac avec à l'intérieur une bombe de 15 kg reliée à un téléphone portable.
Le terroriste l'actionne de l'extérieur avec un second appareil. Un déluge de feu et de métal fauche les touristes et les serveurs marocains. Des corps sont projetés par le souffle de l'explosion du premier étage sur l'esplanade. Adil el-Atmani prend la fuite en taxi, se débarrasse de sa perruque et de son pantalon en chemin et rentre chez lui. «Il a été trahi par les morceaux de téléphone portable retrouvés dans le café. On a eu accès à la liste des derniers appels. Elle nous a conduits sur sa trace », confie un haut responsable policier marocain.

 

Djihadistes ratés 


Adil el-Atmani n'est pas un inconnu pour la DST, les services secrets marocains. Le jeune homme a tenté, sans succès, de rejoindre avec deux complices les brigades d'al-Qaida en Irak pour combattre les forces américaines. Il est passé par Tripoli pour prendre la route de Bagdad. «Ses connexions libyennes s'expliqueraient par le rôle joué par le Groupe islamique de combat libyen (GICL) dans les réseaux d'acheminement des djihadistes maghrébins sur le terrain irakien», explique Mohammed Darif, un spécia­liste des mouvements islamistes marocains. Le trio d'aspirants djihadistes essaye également de rejoindre la Tchétchénie via Istanbul, mais l'aventure s'arrête en Turquie. 

L'échec ne décourage pas les salafistes, qui se tournent vers al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). En 2008, le désert malien devient le nouveau «spot» des émules d'Oussama Ben Laden. Les trois inséparables compagnons se rendent en Mauritanie mais ne parviennent pas à gagner les bases d'Aqmi. «Adil el-Atmani dit avoir fait allégeance à Aqmi, à Oussama Ben Laden et à Ayman al-Zawahiri, mais il n'avait pas de liens directs avec al-Qaida. Il dit avoir visé les Occidentaux en général», assure le haut responsable policier marocain. «Ses deux acolytes étaient au parfum de son projet à Marrakech mais n'y ont pas participé car ils restaient sur l'idée d'intervenir sur un terrain étranger», poursuit-il.

Le tueur a été arrêté vendredi matin à l'aube à son domicile sans opposer de résistance. Il est passé aux aveux. Les investigations se dirigent maintenant vers d'éventuels commanditaires. «On semble avoir affaire à un acte isolé qui aurait pu être commis dans le cadre d'un djihad personnel, mais il y a presque toujours des ramifications dans ce genre d'acte», commente un policier marocain. La piste suivie est celle des financiers de l'attentat, qui, en dépit de son caractère bricolé, a nécessité des fonds. Si les circonstances du meurtre des innocents du café Argana sont mises à nu, l'arrière-plan du carnage reste à explorer. Pour les policiers, l'enquête n'est pas close.




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