samedi 9 avril 2011

Egypte: au moins 2 morts et 18 manifestants blessés place Tahrir


Deux mois après la chute du président Hosni Moubarak, des dizaines de milliers d'Egyptiens ont manifesté vendredi pour demander son jugement, critiquant également la haute hiérarchie militaire qui dirige le pays. Bravant des consignes de leurs supérieurs de ne pas manifester en uniforme, sept lieutenants avaient pris la parole sur une tribune pour réclamer «le jugement des corrompus» et une épuration de l'armée.

Dans la nuit, deux personnes ont été tuées et au moins 18 blessées lorsque la police militaire a tenté de disperser des manifestants sur la place Tahrir, ont affirmé des sources médicales. Ces sources n'ont pas pu préciser si les blessures avaient été causées par balles et les décès n'ont pas encore pu être confirmés de source officielle. S'ils l'étaient, il s'agirait des premiers depuis la chute du président Hosni Moubarak, le 11 février dernier.

La police militaire a tiré en l'air à l'arme automatique samedi à l'aube pour disperser quelques centaines de manifestants qui se trouvaient encore sur l'emblématique place Tahrir où ils ont mis le feu à un bus militaire et à un camion civil sur la place. Ils réclament le départ du chef de l'armée, le maréchal Hussein Tantaoui, selon un journaliste de l'AFP.

La police militaire a déployé des barbelés aux abords du rassemblement, alors que le sol était couvert de pierres, témoignant de violents affrontements. Certains manifestants étaient armés de gourdins, et des traces de sang étaient visibles par endroits.

Des manifestants ont affirmé vouloir rester sur la place tant que le maréchal Tantaoui, qui dirige le Conseil suprême des forces armées (CSFA) serait en place. Ce Conseil est dépositaire du pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak le 11 février. Le maréchal Tantaoui, 75 ans, a été pendant 20 ans ministre de la Défense du président déchu.

Les jours précédents, plusieurs vidéos étaient apparues sur le site internet Youtube, dans lesquelles des personnes se présentant comme d'anciens officiers accusaient le Conseil suprême des forces armées, à qui Moubarak a remis le pouvoir en démissionnant, de trahir les idéaux de la révolte populaire.

 


vendredi 8 avril 2011

Une nouvelle Egypte ?


Le peuple égyptien s'est soulevé après de longues années de pouvoir autoritaire. L'armée égyptienne s'est rangée du côté du peuple et a su utiliser le lien avec Hosni Moubarak pour éviter un scénario révolutionnaire de libération nationale dans une logique d'affrontements : pas de guerre civile sanglante, pas de partition du pays et une tentation obscurantiste tenue à distance. Après un premier élan populaire, l'Egypte entre dans une période d'instabilité, principalement marquée par l'incertitude.
Il est trop tôt pour dire si le processus de transition démocratique ira à son terme, cependant cet appel à la liberté est probablement irréversible. Deux défis majeurs au moins devront désormais être relevés : réorganiser l'Etat, redonner à l'Egypte sa place de nation "phare" dans le monde arabe. Le processus politique est ambitieux : une constitution amendée, des élections présidentielles et législatives libres et les délais sont courts. La tradition étatique de l'Egypte constitue un atout solide ainsi que la place de l'armée dans la société. Mais subsistent encore dans les cercles proches de l'ancien pouvoir des freins à une libéralisation accélérée : hommes d'affaires et militaires influents, caciques du PND restent dans une logique d'intérêts personnels que seules des mesures énergiques pourront limiter. Elles seront nécessaires pour remettre l'économie en marche en s'appuyant sur un nouveau pacte social, sans "casser" l'appareil politique de prise de décision. Il faudra trouver un équilibre entre les aspirations populaires légitimes et les réalités économiques. Le chemin existe mais il est étroit. A terme, le nouveau régime ne pourra pas non plus faire l'économie d'une redéfinition des relations entre pouvoir politique et cadre religieux. Le rôle et l'influence des Frères musulmans aussi bien aux plans politiques que religieux restent encore une grande inconnue.

Mais c'est aussi la politique étrangère que le nouveau gouvernement devra repenser. L'Egypte, Etat clé du monde arabe par son histoire politique et religieuse, sa position géographique et son influence culturelle, entame un processus de modernisation. Sans doute voudra-t-elle redéfinir les relations politiques et économiques avec ses partenaires traditionnels, sans ignorer le poids de ses contraintes démographiques et économiques structurelles et réinvestir pleinement le paysage stratégique moyen-oriental pour y tenir son rang. Quelles en seraient les conséquences pour les acteurs régionaux ? Un grand Etat moderne et légitime (car il n'y aurait plus de découplage entre le pouvoir en place et la "rue égyptienne") pourrait permettre de fédérer les attentes des peuples arabes, une grande nation arabe serait capable de réinvestir de façon équilibrée l'espace politique, diplomatique et religieux. Elle se pose en rupture avec ceux dont l'intérêt est de maintenir un Moyen-Orient divisé et affaibli pour y préserver leur influence.

D'abord l'Iran, évidemment. Les désaccords historiques entre l'Iran et l'Egypte sont lourds. Ils couvrent tous les domaines. Le retour de l'influence égyptienne constituerait pour l'Iran une mauvaise nouvelle, alors que le régime y est contesté de l'intérieur. On pense naturellement en premier lieu à la question religieuse : un Islam sunnite modéré pourrait contrer la poussée du radicalisme chiite iranien. Mais au-delà, les Egyptiens ont intérêt à un Moyen-Orient stable, alors que l'Iran cherche à étendre son influence par la déstabilisation. Il entretient les divisions (au Liban notamment) et soutient les mouvements armés. S'ils sont notoirement dirigés contre Israël, ils remettent en cause implicitement la capacité des Etats arabes à régler le problème palestinien ou plus généralement la question de la place d'Israël dans la région. A cette logique de confrontation entretenue par l'Iran, l'Egypte peut substituer une logique de négociation, si elle sait fédérer la cause arabe autour d'une solution pacifique du conflit. Plus généralement, le retour de l'Egypte permettrait d'envisager le règlement des questions du Moyen-Orient sous l'angle de "l'arabité" et non plus sous celui d'une puissance extérieure radicale, animée par des considérations idéologiques.

Ensuite l'Arabie saoudite. Un nouvel acteur vient lui contester des parts de marché, car il chasse d'abord sur les terres de l'Islam sunnite. Si l'Egypte sait résoudre la question religieuse, elle pourrait constituer une alternative crédible à l'Islam wahhabite pour les pays arabes qui ont changé ou vont changer de régime. A la décolonisation, les nouveaux Etats arabes avaient en effet le choix entre plusieurs structures politiques : la séparation avec les anciennes puissances coloniales les a éloignés d'un système libéral, le nationalisme arabe n'a vécu (hors Syrie et Irak) que jusqu'à la chute de Nasser, restait le modèle saoudien. Au nom de l'Islam et en utilisant ses immenses richesses, l'Arabie Saoudite a favorisé son modèle politique : un régime autoritaire et héréditaire. C'est cet édifice que fissurent la révolution égyptienne et sa devancière tunisienne.

Puis la Syrie. Elle incarne avec l'Arabie Saoudite des systèmes politiques qui ont vécu. Fondés sur le dirigisme et des relèves de pouvoir familiales, ils sont manifestement à contre sens de l'histoire. Dure réalité pour Bachar Al-Assad que de partager avec l'ennemi saoudien cette singularité. Une fois encore, la Syrie se trouve à la croisée des chemins, difficile pour elle de suivre sa ligne politique traditionnelle : ne pas choisir d'options stratégiques. Fera-t-elle le choix du statu quo pour maintenir le régime ou se rapprochera-t-elle de l'Egypte ?

Enfin la Turquie. Son modèle de société représente une alternative pour les nouveaux pouvoirs arabes. Il est sans doute source d'inspiration, pas de duplication. L'Egypte cherchera-t-elle à l'importer ou voudra-t-elle s'y opposer ? Du choix arrêté dépendront aussi les relations entre les deux Etats régionaux et l'influence turque dans le monde arabe.

Si la révolution égyptienne est sans doute un tremblement de terre dans le monde arabe, elle ne devrait pas affecter la sécurité d'Israël et pourrait constituer une chance à saisir pour de nouvelles configurations au Moyen-Orient. Immédiatement, et malgré un réflexe sécuritaire israélien, guidé probablement par des logiques de politique intérieure plus que par une crainte avérée, l'Egypte a confirmé ses engagement internationaux : pas de remise en cause de l'accord de paix avec Israël. La donne change, les rapports de force se rééquilibrent : l'Egypte sera plus crédible dans les négociations car elle aura révisé sa relation avec les Etats-Unis, qu'elle pourra revendiquer la légitimité populaire et faire valoir une influence confortée dans le monde arabe. Alors quels changements attendre ? Peut-être une avancée dans le processus de réconciliation intra palestinien, l'Egypte étant auparavant considérée par le Hamas comme un médiateur trop engagé. L'Egypte nouvelle pourrait constituer un point d'appui solide pour des négociations israélo-arabes rénovées.

La refonte de l'Union pour la Méditerranée est jugée impérative. Sous cette forme ou sous une autre, l'intégration régionale méditerranéenne doit être relancée. Elle nécessite d'abord un règlement du conflit israélo-palestinien, dont la centralité n'est pas démentie et qui continue d'empoisonner les relations entre pays européens et pays arabes. L'Europe peut s'appuyer sur cette nouvelle Egypte pour y procéder.



Reprise du tourisme en Egypte

 
Tourisme . Le taux d’occupation des hôtels en Egypte a atteint 30 %, ce qui confirme la reprise du mouvement touristique en Egypte après une grande chute à la suite de la révolution du 25 janvier.

De nouveau, les touristes affluent en Egypte, surtout sur les sites balnéaires de la mer Rouge comme Charm Al-Cheikh, Hurghada et Marsa Alam. « De 2 % de taux d’occupation des hôtels lors de la révolution, ce taux a atteint environ 30 % dans les régions de la mer Rouge. Le Caire, étant plus affecté par les événements politiques, le taux de reprise du mouvement touristique n’a pas encore dépassé les 15 % », assure Sami Mahmoud, vice-président de l’Organisme de la promotion touristique (ETA). Il ajoute que ces chiffres prometteurs sont le fruit des efforts déployés autant par les autorités que par le secteur privé opérant. En fait, une délégation du secteur touristique, avec en tête le ministre du Tourisme Mounir Fakhri Abdel-Nour, a fait une tournée dans les grands marchés du tourisme égyptien pour inviter les touristes à visiter l’Egypte. Au Salon international du tourisme de Berlin (ITB), le plus important du monde, l’Egypte n’a pas attendu l’an prochain, où elle sera l’invitée d’honneur, pour voir grand et tripler sa superficie d’exposition. Elle a décidé de transformer ses récents changements de régime en argument publicitaire pour faire revenir les touristes, puisque sur les stands du pavillon égyptien, les bustes de pharaons voisinent avec des reproductions de la place Tahrir du Caire, foyer de la révolution, sous un slogan expressif commun : « Venez voir l’endroit où tout a commencé ».
 
« L’Egypte était déjà incontournable pour son histoire et ses richesses naturelles, mais il y a un nouvel élément. Nous invitons les touristes à partager l’expérience de la révolution démocratique », explique Hicham Zaazoue, adjoint du ministre égyptien du Tourisme. Selon Adel Abdel-Razeq, tour-opérateur, la place Tahrir était déjà incontournable, car c’est là que se trouve le Musée égyptien. Mais désormais, les guides montrent aussi les endroits où les manifestants ont monté des tentes et racontent comment des partisans de l’ancien régime ont mené une attaque contre les révolutionnaires à dos de chameaux.

« L’Egypte est sûre », c’est le message essentiel sur lequel s’est appuyé le ministre du Tourisme lors de ses rencontres avec les méga tour-opérateurs du monde entier ainsi qu’avec les autorités touristiques des différents pays qui ont participé à l’ITB. Il a mis l’accent sur le fait de la reprise de la vie et la stabilité qui règne dans les quatre coins de l’Egypte. « Même les manifestations qui ont lieu maintenant sont pacifiques et sont une affaire interne. Aucun touriste n’a été atteint jusqu’à présent et le couvre-feu sera bientôt annulé », a souligné Abdel-Nour. Un message bien reçu, puisque la plupart des pays européens ont annulé leur interdiction concernant la visite de l’Egypte.

Les autorités égyptiennes n’ont pas raté l’occasion d’être à Berlin pour soulever une fois de plus le sujet des taxes de l’environnement appliquées sur les vols aériens à partir de l’Allemagne et dont la valeur varie selon la proximité de la destination de ce pays. « Pour nous en Egypte, cette taxe équivaut à 25 euros, tandis que dans le cas de la Tunisie par exemple, ce n’est que 12 euros seulement. Ce qui affecte la compétitivité en matière des prix-puisque toute augmentation est ajoutée au frais du voyage lui-même », explique Elhami Al-Zayat, président de l’Union des chambres de tourisme. A cet égard, les autorités allemandes ont promis d’étudier l’affaire, surtout qu’il est appliqué dans le cadre de l’Union Européenne (UE), donc les discussions doivent se faire au sein de l’UE surtout qu’il y a d’autres pays qui l’appliquent comme l’Angleterre.

De l’ITB à Berlin, la délégation touristique égyptienne s’est dirigée vers la Russie pour participer au marché du tourisme « Intour Market » à Moscou. Une visite d’une plus grande importance, puisque la Russie est le premier marché du tourisme égyptien. Ce pays nous a envoyé plus de 2,5 millions de touristes en 2010. En outre, c’est le seul des grands marchés du tourisme égyptien qui n’a pas annulé l’interdiction sur la visite de l’Egypte malgré les discussions qui ont eu lieu avec l’ambassadeur de la Russie en Egypte ainsi qu’avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergyé Lavrov, lors de sa visite en Egypte. En effet, les touristes russes sont d’une grande importance pour le tourisme égyptien, surtout les destinations de la mer Rouge, que l’on essaie de promouvoir d’une façon individuelle. Ainsi, on a commencé à faire des offres spéciales, soit au niveau des prix soit avec des add value (nuitée gratuite sur leur séjour).

Malgré l’offensive marketing, Hicham Zaazoue prévoit qu’il est encore tôt pour faire revenir tous les touristes. « On espère récupérer environ 50 % avec la fin du mois d’avril grâce aux vacances de Pâques dans les pays européens. Mais j’estime qu’il n’y aura de normalisation qu’à partir de l’été », conclut Zaazoue.


Dalia Farouq




Egypte : L’échiquier politique en profonde mutation


Dialogue National . De nouveaux partis naissent, d’autres plus anciens tentent des alliances. A l’approche des élections législatives prévues en septembre prochain, la scène politique égyptienne se transforme.

Des fusions et des alliances … Le laboratoire des partis politiques fait sa mue en Egypte. Bien qu’il reste 6 mois avant les législatives, les partis ont commencé tôt la course vers le Parlement. Aux 25 partis qui existent formellement viennent s’ajouter une vingtaine d’autres en cours de formation. Dans le but de s’accorder le plus de chance aux élections, chaque groupe commence à choisir la forme qu’il pense être convenable pour son entrée dans cette nouvelle ère de l’après-Moubarak. Et les choix sont multiples. Soit fusionner pour former une nouvelle entité, ou bien former des alliances temporaires tout en conservant son identité.
 
En fait, la fusion des partis, si elle existe en abondance dans plusieurs pays du monde, est considérée en Egypte comme une nouvelle terminologie dans le dictionnaire des partis. Mais elle a quand même eu lieu avec la fusion de deux partis en formation : Al-Masri al-libérali (l’Egyptien libéral) de Mohamad Aboul-Ghar, professeur d’obstétrique et de gynécologie à l’Université du Caire et membre éminent du Mouvement du 9 mars, et Al-Démocrati al-egtemaï (le démocratique social) de tendance gauchiste, présidé par Amr Hamzawy, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, qui a joué un rôle très distingué lors de la révolution du 25 janvier. Al-Masri al-démocrati al-egtemaï (L’Egyptien démocrate social) est le résultat de ce fusionnement pour devenir le premier parti de son genre en Egypte. « Etat civil - développement économique - justice sociale » est le logo de ce parti.

Une autre originalité de cette entité politique émergente est l’amalgame des libéraux et socio-démocrates. « Un parti libéral qui se trouve dans un pays, où 40 % de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté et 30 % sont des analphabètes, doit avoir une orientation sociale démocratique très précise », dit Aboul-Ghar. Le programme de ce parti est alors celui d’une formation libérale qui préconise l’application des mécanismes de marché dans l’économie.
 
Un mariage politique temporaire ? Les fondateurs de ce parti font tout leur possible pour éviter un tel scénario. « On va sérieusement travailler les trois mois prochains pour formuler un programme clair qui reflète pleinement l’identité politique distincte du parti et pour assurer l’intégration complète entre les deux groupes », affirme Aboul-Ghar. « Le calendrier très serré des législatives, avec la nouvelle loi de formation des partis, nous a encouragés à rechercher une formule de compromis et des points de convergence, afin d’éviter les phénomènes négatifs dans la vie politique en Egypte comme le démantèlement des petits partis et l’arrogance vis-à-vis de l’action collective », explique pour sa part Amr Hamzawy.
 
Pour Yousri Al-Ezabawy, politologue au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, la fusion des partis est un phénomène sain et positif, notamment pour les nouveaux partis qui n’ont pas encore de public sauf celui de la place Tahrir. « Il est préférable pour ces nouveau-nés de fusionner dans une seule entité plus organisée et populaire pour sortir de la place Tahrir. S’ils restent dispersés, ils ne vont pas collecter les fruits de la révolution et n’auront aucun rôle, voire aucun siège dans le prochain Parlement et ils n’auront même aucune influence durant les élections présidentielles », explique le politologue. Il prévoit aussi que le parti libéral démocrate va être dans les prochaines jours un exemple à suivre pour les nouveaux partis.
 
L’alliance est la solution

De l’autre côté, la plupart des partis formels ont opté pour un autre choix. La liste unifiée des candidats est leur plan pour les législatives. Trois partis seulement ont déclaré publiquement préparer leurs listes, à savoir le parti du néo-Wafd, Al-Ghad et celui du Front démocratique. Ces trois partis ont décidé de former « une nouvelle alliance de partis libéraux » dans le but de coordonner entre eux durant les prochains législatives à travers « une liste unifiée et un programme électoral commun qui représente le courant libéral ». Mais cette alliance laisse aussi la porte toute ouverte devant les autres tendances pour y participer. « L’alliance entend contacter le courant nassérien et ses partis. Notre but est de parvenir à un compromis qui garantit d’obtenir le plus grand nombre de sièges au Parlement », dit Ibrahim Nawar, représentant du parti du Front dans cette alliance. Et d’ajouter : « Cette alliance est temporaire et sera interrompue à la fin des législatives. Et si un jour on désire la continuité de cette alliance, on va renouveler son programme ».

Les exemple d’alliances électorales entre les partis d’idéologie et de programmes différents sont nombreux dans l’histoire des législatives. Et ceci, malgré toujours une représentation très faible aux Parlements précédents. Mais il semble que les alliances aient des avantages pour ces partis. Le premier atout, c’est ce qu’on appelle « l’économie électorale », ou en d’autres termes le financement des campagnes électorales, et ceci à travers les économies réalisées dans les dépenses communes.

Les alliances des partis avaient d’autres buts qui ont changé après la révolution du 25 janvier. Avant, former une coalition contre les candidats du PND était un des principaux objectifs de l’alliance. Celle-ci voulait regrouper les protestataires contre les politiques de l’ennemi commun, c’est-à-dire du parti au pouvoir, et cela sans tenir compte de leurs tendances politiques. Aujourd’hui, l’ennemi commun est différent. Ce sont les Frères musulmans ou l’ensemble du courant islamiste que les partis craignent le plus. Ils brandissent alors le slogan « L’alliance est la solution » face aux candidats de « l’islam est la solution ». On entend de temps à autre dire que les partis recherchent dans les différents gouvernorats des symboles pour faire face aux candidats des Frères et aux salafistes dans les circonscriptions.

Bien que la confrérie ait souvent fait partie des coalitions électorales précédentes, une alliance semble aujourd’hui très difficile pour eux. Et ceci malgré les tentatives acharnées des Frères de rassurer les partis dans les médias. La confrérie a maintes fois répété qu’elle n’envisageait pas la majorité absolue au Parlement et qu’elle visait seulement 35 à 50 % des sièges. Des messages qui ont été suivis de contacts directs avec les partis, en leur proposant une liste unifiée, dans certaines circonscriptions, afin de faire face à ce qui reste du PND. Ce dernier constitue d’ailleurs l’épouvantail brandi par la Confrérie à ces partis. Mais les appels des Frères musulmans sont restés sans réponses.

Selon Al-Ezabawy, le comportement des Frères durant le référendum, en essayant de mobiliser les gens pour dire « oui », a été très critiqué par les autres mouvements politiques qui, aujourd’hui, sont méfiants à l’idée que des Frères dominent le processus électoral. Ils craignent que la Confrérie manipule les partis pour parvenir à la majorité.

De l’autre côté, les Frères témoignent ces jours-ci de dissensions intérieures, après la démission de deux de leurs dirigeants, notamment Abdel-Moneim Aboul-Fotouh.

Une alliance islamique n’est pas prévue dans les jours à venir. La Confrérie est idéologiquement aussi en conflit avec les autres courants islamistes, même avec le parti d’Al-Wassat. « Les alliances entre les mouvements religieux sont plus difficiles que celles entre les autres partis politiques », conclut Al-Ezabawy.


Aliaa Al-Korachi




Egypte : Une sonnette d’alarme face aux pillages

 
 Archéologie . L’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a envoyé une mission spéciale au Caire pour aider les Egyptiens à lutter contre le trafic des biens culturels et mettre sur la liste rouge les objets volés.

Le bilan total des pillages des antiquités en Egypte, qui est à ce jour encore inconnu, est déjà assez lourd. Rien qu’au Musée du Caire, 37 objets manquent toujours après la récupération de 17 pièces au cours des dernières semaines. Mais aussi des sites archéologiques à travers le pays ont témoigné des opérations organisées de pillage. Suite au colloque international pour célébrer le 40e anniversaire de la Convention sur le trafic illicite des biens culturels qui s’est tenue à Paris les 15 et 16 mars, l’Unesco a officiellement appelé donc à la mobilisation internationale pour sauver ces trésors et tenter de retrouver les œuvres volées avant qu’elles ne soient vendues. « D’un côté, il faut protéger les sites archéologiques contre les pilleurs et, de l’autre, il faut pister les antiquités volées avant qu’elles ne soient vendues sur le marché de l’art », indique Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco, qui s’est déclarée inquiète et a fait part « d’informations alarmantes » concernant les pillages des sites archéologiques et des musées égyptiens. Elle a, entre autres, encouragé les autorités égyptiennes à prendre des mesures concrètes, afin de protéger les sites archéologiques. 
 
Et c’était lors de ce colloque international que l’on a décidé d’envoyer une mission d’experts au Caire pour travailler avec les Egyptiens. 

Outre la directrice générale de l’Unesco, cette réunion a regroupé des experts de l’Organisation mondiale des douanes, l’Interpol, le Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), le Conseil international des musées (ICOM), le World Monuments Fund et de nombreux experts indépendants. 
 
Ainsi, une mission spéciale d’experts s’est rendue sur place au Caire, afin de s’informer de la situation, rencontrer les responsables des ministères de la Culture, évaluer le besoin d’aide, notamment en matière de lutte contre le trafic de biens culturels, et élaborer un plan d’action global à moyen et à long termes pour la protection du patrimoine culturel. Cette mission d’experts a regroupé Christian Manhart, du bureau de l’Unesco de Paris, Costanza de Simone, du bureau du Caire dirigé par Dr Tareq Chawqi, et France Desmarais, représentant le Conseil international des musées (ICOM). Des experts égyptiens ont aussi accompagné la mission de l’Unesco dans sa visite aux sites archéologiques et aux musées du Caire. Citons, entre autres, Mohamad Abdel-Fattah, directeur du département des musées, Tareq Al-Awadi, directeur du Musée égyptien, et Gihane Zaki, du Fonds des antiquités de la Nubie. Cette dernière a aussi participé au Colloque international de Paris. « Nous avons besoin d’une intervention d’urgence pour protéger le patrimoine, un peu comme cela s’est fait dans les années 1960 au moment de la construction du Haut-Barrage à Assouan. Il faut aussi sensibiliser les gens et les former, notamment les gardiens », explique Gihane Zaki.

En passant en revue la situation du patrimoine culturel en Egypte, les experts ont souligné que les principales difficultés tenaient au manque d’informations fiables à propos des sites et institutions du patrimoine culturel, à l’interruption des relations de travail établies antérieurement avec les institutions et personnes-clés au plan local, au risque de voir le patrimoine culturel négligé, compte tenu des urgences économiques et sociales, et aux changements encore en cours. Guillemette Andreu-Lanoë, directrice du département des antiquités égyptiennes du Louvre, a souligné, de son côté, que les pillards vont dans les endroits reculés, comme les sites sauvages des pyramides de Dahchour, Abou-Sir et Saqqarah, où il n’y a personne. D’où la difficulté d’intercepter les voleurs. 

Le ministère d’Etat pour les Affaires des antiquités a publié le 15 mars 2011 une liste définitive des objets volés au Musée du Caire, en janvier dernier, lors des manifestations politiques. Statues, vases, sculptures en bronze ou en bois doré. Une enquête officielle est actuellement en cours, pour dénouer l’écheveau récit de ce vol et savoir ce qui s’est passé, dont gardiens et policiers sont soupçonnés. 

L’Unesco a également énuméré les nombreux sites qui ont été pillés depuis les manifestations politiques. Des bas-reliefs ont été découpés à la scie à Saqqarah, des vols ont été commis à Kafr Al-Cheikh, à Saqqarah, à Qantara Charq, à Abou-Sir, à Mit Rahina, à Louqsor et à Assouan, sans que le total du butin ne soit connu. Dans d’autres endroits, les objets volés ont été retrouvés et les habitants veillent sur leur patrimoine.

La mission de l’Unesco a donc trouvé une bonne coopération du côté égyptien, selon Costanza de Simone. Mais il paraît que certains archéologues égyptiens, dont Abdel-Halim Noureddine, l’ex-secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes (CSA), refusent ce rôle de l’Unesco. « L’Egypte n’a pas besoin d’une intervention extérieure pour protéger ses antiquités, soit de la part de l’Unesco, soit de la part de n’importe quelle organisation étrangère. L’Egypte est capable de protéger ses antiquités », estime Noureddine. 

Selon Costanza de Simone, le défi consiste à sensibiliser les populations locales à la sauvegarde des biens qui leur appartiennent. Costanza a proposé de travailler en étroite collaboration avec la jeunesse, afin de faire passer l’idée que le patrimoine culturel d’Egypte est leur patrimoine, qu’il est intimement lié à leur identité, qu’il représente un soutien potentiel de la démocratie et de la compréhension entre les cultures. Devant le Musée du Caire, la barrière humaine que les manifestants ont opposée aux pillards a été la meilleure preuve de la prise de conscience, par le peuple égyptien, de l’importance de son patrimoine. En effet, jeunes et vieux se sont réunis afin de protéger leur patrimoine lors des moments d’incertitude et de changement qui ont trop souvent dégénéré en violences. « J’ai été très touchée et très fière par la réaction qui a poussé les citoyens de Tunisie, d’Egypte et de Libye à protéger leur patrimoine lors des moments d’incertitude et de changement qui ont trop souvent dégénéré en violences », a déclaré la directrice générale de l’Unesco. Elle a annoncé aussi que l’organisation et ses partenaires soutiennent « fermement » tous ceux qui défendent leur patrimoine et entendent réunir toute l’expertise possible en vue de contribuer à cette démarche.


Amira Samir




dimanche 3 avril 2011

Les règles de la propagande de guerre


Comment les médias occidentaux ont-ils couvert les diverses guerres qui ont suivi la première guerre du Golfe ? Peut-on dresser des constats communs ? Existe-t-il des règles incontournables de la « propagande de guerre » ? Oui.


1. Cacher les intérêts. Nos gouvernements se battent pour les droits de l’homme, la paix ou quelque autre noble idéal. Ne jamais présenter la guerre comme un conflit entre des intérêts économiques et sociaux opposés.
2. Diaboliser. Pour obtenir le soutien de l’opinion, préparer chaque guerre par un grand média mensonge spectaculaire. Puis continuer à diaboliser l’adversaire particulièrement en ressassant des images d’atrocités.
3. Pas d’Histoire ! Cacher l’histoire et la géographie de la région. Ce qui rend incompréhensibles les conflits locaux attisés, voire provoqués par les grandes puissances elles-mêmes.
4. Organiser l’amnésie. Eviter tout rappel sérieux des précédentes manipulations médiatiques. Cela rendrait le public trop méfiant.


Règle n° 1. Cacher les intérêts. 

 
La règle la plus fondamentale de la propagande de guerre, c’est de cacher que ces guerres sont menées pour des intérêts économiques bien précis, ceux des multinationales. Qu’il s’agisse de contrôler les matières premières stratégiques ou les routes du pétrole et du gaz, qu’il s’agisse d’ouvrir les marchés et de briser les Etats trop indépendants, qu’il s’agisse de détruire tout pays pouvant représenter une alternative au système, les guerres sont toujours économiques en définitive. Jamais humanitaires. Pourtant, à chaque fois, c’est le contraire qu’on raconte à l’opinion.

La première guerre contre l’Irak a été présentée à l’époque comme une guerre pour faire respecter le droit international. Alors que les véritables objectifs, exprimés dans divers documents – même pas internes – du régime US étaient :

1. Abattre un régime qui appelait les pays arabes à s’unir pour résister à Israël et aux Etats-Unis.
2. Garder le contrôle sur l’ensemble du pétrole du Moyen-Orient.
3. Installer des bases militaires dans une Arabie saoudite déjà réticente. Il est très instructif, et cocasse, de relire aujourd’hui les nobles déclarations faites à l’époque par la presse européenne sur les nobles motivations de la première guerre du Golfe.
De tout cela, zéro bilan.

Les diverses guerres contre la Yougoslavie ont été présentées comme des guerres humanitaires. Alors que, selon leurs propres documents, que chacun pouvait consulter, les puissances occidentales avaient décidé d’abattre une économie trop indépendante face aux multinationales, avec d’importants droits sociaux pour les travailleurs. Le vrai but était de contrôler les routes stratégiques des Balkans (le Danube et les pipe-lines en projet), d’installer des bases militaires (donc de soumettre la forte armée yougoslave) et de coloniser économiquement ce pays. Actuellement, de nombreuses informations sur place confirment une colonisation éhontée par les multinationales dont US Steel, le pillage des richesses du pays, la misère croissante qui s’ensuit pour la population. Mais tout cela reste soigneusement caché à l’opinion internationale. Tout comme les souffrances des populations dans les divers autres pays recolonisés.

L’invasion de l’Afghanistan a été présentée comme une lutte anti-terroriste, puis comme une lutte d’émancipation démocratique et sociale. Alors que, là aussi, des documents US parfaitement consultables révélaient de quoi il s’agissait. 


1. Construire un pipe-line stratégique permettant de contrôler l’approvisionnement de tout le sud de l’Asie, continent décisif pour la guerre économique du 21ème siècle. 
2. Etablir des bases militaires US au centre de l’Asie. 
3. Affaiblir tous les « rivaux » possibles sur ce continent - la Russie, l’Iran et surtout la Chine - et les empêcher de s’allier.
 

On pourrait analyser pareillement comment on nous cache soigneusement les véritables enjeux économiques et stratégiques des guerres en cours ou à venir : Colombie, Congo, Cuba, Corée... Bref, le tabou fondamental des médias, c’est l’interdiction de montrer que chaque guerre sert toujours des multinationales bien précises. Que la guerre est la conséquence d’un système économique qui impose littéralement aux multinationales de dominer le monde et de le piller pour empêcher ses rivaux de le faire.


Règle N°2. Diaboliser.

 
Chaque grande guerre commence par un grand média mensonge qui sert à faire basculer l’opinion pour qu’elle se range derrière ses gouvernants.

- En 1965, les Etats-Unis déclenchent la guerre du Vietnam en inventant de toutes pièces une attaque vietnamienne contre deux de leurs navires (incident « de la baie du Tonkin »).

- Contre Grenade, en 83, ils inventent une menace terroriste (déjà !) qui viserait les USA.

- La première agression contre l’Irak, en 1991, est « justifiée » par un prétendu vol de couveuses dans une maternité de Koweït City. Médiamensonge fabriqué de toutes pièces par la firme US de relations publiques Hill & Knowlton.

- De même, l’intervention de l’Otan en Bosnie (95) sera « justifiée » par des récits truqués de « camps d’extermination » et des bombardements de civils à Sarajevo, attribués aux Serbes. Les enquêtes ultérieures (tenues secrètes) montreront pourtant que les auteurs étaient en fait les propres alliés de l’Otan.

- Début 99, l’attaque contre la Yougoslavie sera « justifiée » par une autre mise en scène : un prétendu « massacre de civils » à Racak (Kosovo). En réalité, un combat entre deux armées, provoqué par les séparatistes de l’UCK. Ceux que les responsables US qualifiaient de « terroristes » au début 98 et de « combattants de la liberté » quelques mois plus tard.

- La guerre contre l’Afghanistan ? Plus fort encore, avec les attentats du 11 septembre. Sur lesquels toute enquête sérieuse et indépendante sera étouffée, pendant que les faucons de l’administration Bush se précipiteront pour faire passer des plans d’agression, préparés depuis longtemps, contre l’Afghanistan, l’Irak et quelques autres.

Chaque grande guerre commence par un médiamensonge de ce type : des images atroces prouvant que l’adversaire est un monstre et que nous devons intervenir pour une « juste cause ».
Pour qu’un tel médiamensonge fonctionne bien, plusieurs conditions sont nécessaires : 1. Des images épouvantables. Truquées si nécessaire. 2. Les marteler plusieurs jours, puis prolonger par des rappels fréquents. 3. Monopoliser les médias, exclure la version de l’autre camp. 4. Ecarter les critiques, en tout cas jusqu’au moment où il sera trop tard. 5. Qualifier de « complices », voire de « révisionnistes » ceux qui mettent en doute ces médiamensonges.


Règle N° 3. Pas d’Histoire ! 

 
Dans tous les grands conflits de ces dernières années, les médias occidentaux ont caché à l’opinion les données historiques et géographiques essentielles pour comprendre la situation des régions stratégiques concernées.

En 1990, on nous présente l’occupation du Koweït par l’Irak (qu’il ne s’agit pas ici de justifier ou d’analyser) comme une « invasion étrangère ». On « oublie » de dire que le Koweït avait toujours été une province de l’Irak, qu’il en a été séparé en 1916 seulement par les colonialistes britanniques dans le but explicite d’affaiblir l’Irak et de garder le contrôle de la région, qu’aucun pays arabe n’a jamais reconnu cette « indépendance », et enfin que le Koweït est juste une marionnette permettant aux Etats-Unis de confisquer les revenus du pétrole.

En 1991, en Yougoslavie, on nous présente comme de gentils démocrates « victimes » deux dirigeants extrémistes, racistes et provocateurs, que l’Allemagne a armés avant la guerre : le Croate Franjo Tudjman et le Bosniaque Alia Izetbegovic. En cachant qu’ils renouent avec le plus sinistre passé de la Yougoslavie : le génocide anti-serbe, anti-juif et anti-rom de 41-45. On présente aussi les populations serbes de Bosnie comme des envahisseurs alors qu’elles y vivaient depuis des siècles.

En 1993, on nous présente l’intervention occidentale en Somalie comme « humanitaire » en cachant soigneusement que des sociétés US ont acheté le sous-sol pétrolifère de ce pays. Et que Washington entend contrôler cette région stratégique de la « Corne de l’Afrique » ainsi que les routes de l’Océan Indien.

En 1994, on nous présente le génocide rwandais en faisant silence sur l’histoire de la colonisation belge et française. Laquelle avait délibérément organisé le racisme entre Hutus et Tutsis pour mieux les diviser.

En 1999, on nous présente le Kosovo comme une terre envahie par les Serbes. On nous parle de « 90% d’Albanais, 10% de Serbes ». Passant sous silence la forte diminution du nombre des Serbes lors du génocide commis dans cette province durant la Seconde Guerre mondiale, puis durant l’administration albanaise de la province (années 80). On escamote aussi l’existence au Kosovo de nombreuses minorités (Roms, Juifs, Turcs, Musulmans, Gorans, etc...). Minorités dont « nos amis » de l’UCK avaient programmé le nettoyage ethnique, qu’ils réalisent aujourd’hui sous les yeux et avec la bénédiction de l’Otan.

En 2001, on crie haro sur les talibans, régime certes peu défendable. Mais qui les a amenés au pouvoir ? Qui les a protégés des critiques des organisations des droits de l’homme afin de pouvoir construire avec eux un juteux pipeline transcontinental ? Et surtout, au départ, qui a utilisé le terrorisme de Ben Laden pour renverser le seul gouvernement progressiste qui avait émancipé la paysannerie et les femmes ? Qui a ainsi rétabli la pire terreur fanatique en Afghanistan ? Qui, sinon les Etats-Unis ? De tout ceci, le public ne sera guère informé. Ou trop tard.

La règle est simple. Occulter le passé permet d’empêcher le public de comprendre l’histoire des problèmes locaux. Et permet de diaboliser à sa guise un des protagonistes. Comme par hasard, toujours celui qui résiste aux visées néocoloniales des grandes puissances.


Règle N° 4. Organiser l’amnésie.

Lorsqu’une grande puissance occidentale prépare ou déclenche une guerre, ne serait-ce pas le moment de rappeler les grands média mensonges des guerres précédentes ? D’apprendre à déchiffrer les informations transmises par des états-majors ô combien intéressés ? Cela s’est-il produit à l’occasion des diverses guerres des années 90 ? Jamais. A chaque fois, la nouvelle guerre devient la « guerre juste », plus blanche encore que les précédentes, et ce n’est pas le moment de semer le doute.

Les débats seront pour plus tard. Ou jamais ? Un cas flagrant : récemment, un super-menteur a été pris la main dans le sac, en flagrant délit de média mensonge. Alastair Campbell, chef de la « communication » de Tony Blair, a dû démissionner quand la BBC a révélé qu’il avait truqué les informations sur les prétendues armes de destruction massive. Ceci a-t-il provoqué un débat sur les précédents exploits du dit Campbell ? N’aurait-il pas été intéressant d’expliquer que toute notre information sur le Kosovo avait été concoctée par ce même Campbell ? Que cela méritait certainement un bilan et une réévaluation de l’information donnée sur la guerre contre la Yougoslavie ? Il n’en a rien été.




Michel COLLON



L'Egypte présente ses excuses à l'Algérie et à la Tunisie après les incidents au stade du Caire

 

Après les graves incidents qui ont émaillé le match des 16ès de finale retour de la Ligue des Champions qui a opposé samedi au stade de Caire le Zamalek au Club Africain, le Premier Ministre égyptien, Issam Charaf, n'est pas resté silencieux et a présenté, samedi soir, ses excuses aux peuples tunisien et algérien. 


L'arbitre algérien Mohamed Bennouza gardera un souvenir amer de cette qui a opposé le Zamalek au Club Africain, deux des plus belles équipes africaines. Il faut dire que le drame a été évité de justesse car les joueurs du Club Africain ont été agressés en plein match par des supporters de Zamalek, furieux de voir leur équipe victorieuse (2-1) éliminée (aller : 4-2 pour le CA) après de supposées erreurs d'arbitrage, dont l'annulation d'un but pour un hors-jeu flagrant à la 93ème. 

Ainsi, à la fin du match, les plus virulents des supporters égyptiens ont envahi le terrain par dizaines et de se ruer sur les onze Clubistes et leur staff.  Mohamed Bennouza a été, lui aussi, victime d'une tentative d'agression par les supporters  de l'équipe du Zamalek. Fort heureusement, les forces de l'ordre ont réussi à établir un cordon de sécurité autour des arbitres algériens pour les sauver d'un véritable lynchage.

"Je présente mes excuses au peuple tunisien et à son gouvernement  et aux joueurs tunisiens pour ces incidents regrettables. Je présente également  à l'Algérie mes excuses pour l'intimidation subie par l'arbitre algérien", a  réagi par la suite le Premier ministre égyptien dans une déclaration à la télévision égyptienne.